Décryptages | Nos deux analystes confrontent leur vision de l’épisode « 2×18 Réminiscences »

Analyse et décryptage de l’épisode « Réminiscences »

Le Juge vs Mrspointy

A chaque numéro, nos deux analystes confrontent leur vision des épisodes et passent en revue les thèmes abordés, les métaphores et l’évolution des personnages, permettant ainsi la comparaison entre un point de vue féminin et un point de vue masculin. 

Synopsis :

Déterminée à venger Jenny, Buffy se résout à tuer Angel, mais une grippe virulente l’envoie à l’hôpital où elle découvre qu’un ogre terrorise les enfants malades. Elle convainc alors ses amis de mener une enquête.

L’analyse du Juge

9.5/10

 

          Il aurait été difficile de surpasser « La boule de Thésulah », et « Réminiscences » ne semble pas en avoir la prétention, puisqu’il joue sur un autre registre, se positionnant parmi les rares épisodes frissons de toute la série. Il est toujours jugé comme l’un des épisodes les plus effrayants et les plus gores de toute la série. De 2000 à 2016, cet épisode n’était plus diffusé sur les chaînes du groupe M6 en France. Il vient d’être rediffusé à l’occasion de la remasterisation HD. Moi, j’ai toujours adoré l’atmosphère et l’imagerie angoissante de cet épisode, qui fait partie de mon TOP 20.

          Les fans de la relation Alex/Cordélia tels que moi ont été comblés par les nombreuses scènes de cet épisode qui ont été consacrées à leur couple et leur jalousie, et le personnage de Cordélia, qui a beaucoup évolué au fil de la saison 2, prouve ici qu’elle n’est plus aussi égoiste et superficielle qu’autrefois, au point qu’elle accorde presque plus d’intérêt à ses amis qu’à son image ou à sa gloire. Elle n’a néanmoins rien perdu de sa franchisse habituelle et ses scènes avec Giles dans cet épisode sont à hurler de rire. L’association de ces deux-là est exceptionnelle et drôle. L’autre beau moment de cet épisode est l’unique confrontation d’Alex et Angelus de la saison, avec Angel qui met Alex plus bat que terre en l’humiliant, et ce dernier qui trouve la force de rester digne, et le courage d’obliger son rival à partir.

          Les réminiscences de Buffy sur la mort de sa cousine apportent un éclairage nouveau au personnage. L’attitude de Buffy qui jouait à la super-héroïne étant petite était très prophétique en fin de compte, et l’idée qu’elle ait été confrontée à son insu aux forces du Mal est intéressant. Je n’avais pas saisi la métaphore de l’ogre à l’époque, mais aujourd’hui je devine que Der Kinderstod est très clairement la personnification de la Mort avec un grand M. Ce monstre intervient juste après la mort de Jenny dans la série, une mort que Buffy n’a pu empêcher, et devant laquelle elle est restée fataliste et choquée, comme pour celle de sa cousine quand elle était jeune. On voudrait tous pouvoir empêcher la mort de frapper, et pouvoir agir face à la réalité abstraite de la condition de mortel. Avec ce monstre qui sème la mort sur son passage, Buffy pouvait se donner l’illusion de repousser la Mort en personne. Cette vision des choses n’échappe d’ailleurs pas à Cordélia et Giles.

L’analyse de Mrspointy

          « Killed By Death » est à mes yeux l’un des épisodes les plus effrayants de toute la série. La première apparition de Der Kindestod lorsque Buffy le voit suivre Ryan dans le couloir de l’hôpital me fait sursauter, à me donner des frissons. Déjà, c’est un monstre physiquement terrifiant, semblable à Freddy Krueger, aux grandes dents, aux nez crochu et à la démarche d’un vieillard courbé. Ensuite, ses caractéristiques renforcent la sensation de malaise qu’il inspire : sa manière d’aspirer la vie à de jeunes enfants en s’asseyant sur eux est profondément malsaine et gênante, douteuse quand on voit qu’il s’apparente à un vieil homme.

          Le design de Der Kindestod et l’ambiance angoissante qui résulte de sa présence font cet épisode excellent. Joss Whedon y insuffle une atmosphère terrifiante -alors que la plupart des monstres vus auparavant n’étaient pas employés à des fins strictement effrayantes- où l’on redoute chacune des apparitions de ce personnage et se surprend à en être véritablement troublé. 

          Cet épisode entre dans la continuité du précédent, « Passion », puisque son thème tourne autour de la mort. Comme le disent Giles et Joyce, Buffy est encore dans une phase d’acceptation de la disparition de Jenny et l’on pourrait croire que l’existence de ce monstre est en fait une projection de sa propre difficulté à faire son deuil et à concevoir la mort comme une réalité, comme s’il lui fallait la personnifier en une entité démoniaque.

          Il prend sens par rapport aux événements à venir, dont le décès de Joyce trois ans plus tard, lorsque Giles déclare qu’il y a deux choses que Buffy ne peut pas combattre : la maladie et la mort. En effet, Der Kindestod est désigné comme l’esprit de la mort et en est donc une représentation. Il serait à Buffy une figure paranormale et concrète de la mort-fatalité à laquelle elle ne peut s’opposer- qu’elle pourrait directement combattre, éliminant ainsi en un même temps son appréhension de celle-ci.

          Cet épisode se rattache ainsi au propos de la série qui veut que les démons combattus au fil du temps soient en fait les démons intérieurs des personnages : Buffy, en se confrontant à la mort, règle des comptes (Der Kindestod a tué sa cousine neuf ans plus tôt) et affronte ses propres peurs, enfouies depuis l’enfance dans un douloureux souvenir qui l’aura traumatisé. En tuant Der Kindestod, elle franchit une étape importante dans son parcours personnel. C’est un combat intérieur.

          Malgré l’atmosphère glauque de « Killed By Death », l’on a le droit à quelques scènes plus légères : Willow simulant d’être attaquée par des grenouilles, dont elle est phobique, Xander et Cordy menant l’enquête, avec Cordy obligée de séduire l’agent de sécurité de l’hôpital, et la conversation qui s’en suit (on soupçonne Xander d’avoir encore le béguin pour Buffy) et Cordy posant sans cesse d’interminables questions à Giles alors qu’ils devraient avancer leurs recherches.

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