Décryptage de « 5×16 The Body » vu par Xander Harris Junior, étudiant en cinéma

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Ce hors-série de notre chronique [Décryptage] a été écrite par Xander Harris Junior, dans le cadre d’une étude de cinéma, puis communiquée à Buffy Angel Show pour publication.

Bonne lecture…

En 1997, aux Etats Unis, le public découvre une nouvelle série écrite par Joss Whedon. une Jeune Fille lycéenne dotée de supers pouvoirs pour vaincre les forces du mal. Cette série féministe intitulée « Buffy contre les vampires » paraît pour le moins légère et sans grand intérêt. Et pourtant, derrière ce titre se cache une des plus grandes séries des années 90 et de l’histoire de la télévision mettant en avant la femme moderne, une des premières figures féminine autonome assumée. L’introduction du dernier épisode de la saison 5 résume très bien la série en inversant les rôles, un adolescent est prit en chasse par un vampire et Buffy, élue tueuse, vient au secours du jeune homme. Celui-ci ne comprend pas, car, et il le dit « Tu n’es qu’une fille ».

Joss Whedon utilise le fantastique; des métaphores pour évoquer les problèmes que peuvent rencontrer les adolescents ou les jeunes adultes. Le principe est selon lequel nous sommes tous assaillis par des monstres, considérant que nos problèmes sont monstrueux et ceux qui les causes, des monstres. Dans la série, ces problèmes prennent l’apparence du surnaturel. On retrouve énormément de thèmes tout au long de la série ce qui la rend riche et construite intelligemment. Le thème initial est le rite du passage au lycée, les problèmes abordés par la suite sont de plus en plus sérieux.

A chaque épisode, le spectateur se retrouve dans un monde où il s’échappe de la réalité grâce au fantastique tout en y restant très proche . Car, ici, Buffy combat littéralement ses problèmes transformés en démons ou en vampires.

J’ai choisi cette série car je pense qu’elle a fixée des bases pour les séries futures qui a pu inspirer notamment « Alias » ou même encore « 24 » dans la mesure où la série à élargi le champ narratif en exigeant les téléspectateurs à entrer dans la mythologie et à y rester.

En utilisant le surnaturel comme métaphore, Joss Whedon finit par créer un monde fantastique à part entière en se basant sur « Dracula » de Bram Stoker, notamment pour les vampires. Le monde fantastique de Buffy est un mélange de démons, et sorcellerie dans un univers moderne, basé sur une mythologie propre à la série. Le fantastique permet à cette série de traiter toute sortes de sujets de façons originales, et donc, en devient une nécessitée. Le spectateur y croit lui aussi, car il peut très facilement s’identifier aux personnages, l’adolescente lycéenne qui évolue pour arriver à l’âge adulte, les premières relations, l’orientation sexuelle…Tous ces problèmes se déroulant au Lycée situé au même endroit où les démons font surface . Le lycée représente ici une métaphore de l’Enfer pour les personnages. Pour garder un réalisme, l’activité surnaturel reste dissimulée. Les forces du mal ne sortent que la nuit, uniquement le groupe accompagnant la Tueuse, connait l’existence des démons et vampires. Bien qu’au bout d’un moment, la population ne peut plus nier l’existence du surnaturel. Buffy se retrouve donc avec une double identité, Lycéenne le jour et Tueuse de Vampires la nuit.

Les épisodes se construisent en quatre actes, l’épisode analysé est intitulé « The Body » de la Saison 5. Buffy découvre sa mère inanimée sur son canapé. Cet épisode, je pense, marque un tournant important dans la série. En effet, à partir de ce moment, les sujets abordés sont plus matures et se rapprochent plus de la réalité, on quitte l’âge adolescent pour passer à l’âge adulte. Nous verrons en quoi cet épisode met en avant une brisure du fantastique, qui frustre et met mal à l’aise le spectateur qui , durant tout l’épisode se retrouve confronté à la réalité. Lors de sa première diffusion, le spectateur n’y croit pas et attend l’apparition du surnaturel, en vain.

Pendant le premier acte on assiste à la découverte de Buffy en temps réel, le deuxième acte se compose de l’annonce, le troisième de la réaction des proches pour finir à la morgue où tout le monde se retrouve. L’intensité de cet épisode est forte car le spectateur connait les personnages et les a vu évoluer.

La séquence commence de façon ordinaire, l’héroïne vit sa vie. Lorsque Buffy rentre chez elle et découvre sa mère, Joyce, inanimée sur son canapé. Buffy réalise alors que sa mère est inconsciente et l’appelle à plusieurs reprises « Mom ? Mom ? Mommy ? » A ce moment là, en disant « Mommy », Buffy retombe en enfance avec la peur de perdre sa mère, elle redevient l’adolescente du début de la série face à ses peurs. L’introduction est lancée ainsi que la première intrigue.

Le spectateur alors se demande quel a bien pu être la force maléfique ayant tué la mère de l’héroïne. La scène suivante est un flashback, où l’on retrouve tout le groupe à un repas de noël. Cette scène ne sert qu’a amplifier la scène suivante où l’on retombe à la réalité. Un long plan séquence commence alors, filmé en caméra à l’épaule pour montrer un personnage déboussolé à cet instant. Buffy cette fois ne part pas à la chasse au démon, désemparée, elle saisit le téléphone et appelle les urgences.

A ce moment là, le spectateur ne comprend plus, il ne se retrouve plus dans le monde qu’il connait habituellement de la série. Lui et le personnage font face à quelque chose de vrai. L’absence de musique pour le spectateur ne fait qu’amplifier le malaise de la situation, le choc du personnage faisant suffoquer. Notre héroïne n’est plus la tueuse mais un simple humain. Le plan du téléphone fait réaliser à Buffy ce qu’il se passe vraiment elle comprend que sa mère est décédée. Le plan séquence est terminé lors de cet insert. Pendant toute la scène nous ne voyons pas le monde extérieur il est considéré alors comme irréel et on ne suit que la réalité de Buffy. Au moment où l’héroïne rentre dans le salon pour laisser entrer les secours, deux plans en travelling avant très rapide redonne un choc au spectateur comme si la mère sur le canapé avait été oublié et que l’on renvoyait encore cette confrontation de la réalité autant pour le spectateur que pour la vision du personnage.

La tentative de réanimation n’est que secondaire à ce moment, les plans coupes et le bruit de fond montre encore une fois Buffy déboussolé. Tout d’un coup on a un renversement de situation, le mère de Buffy se réveil, on assiste alors à plusieurs plans de coupe très rapides au rétablissement de Joyce, mais on retombe très vite à la réalité. Le spectateur à ce moment éprouve un soulagement « L’épisode peut commencer » mais non. Ce n’était qu’un fantasme de Buffy qui nous ramène à une réalité encore une fois . On se retrouve dans la pièce ou le corps est immobile et où il n’y a rien à faire. Les ambulanciers annonce le décès. Mais le spectateur est plongé dans la vision et le ressentiment de l’héroïne . Des images flous, des plans surdécoupés. L’ambulancier face à Buffy fait ici obstacle elle ne peut elle aussi échapper à la réalité. Le plan épaule de l’ambulancier illustre parfaitement ce ressentiment.

Buffy se retrouve ensuite seule chez elle, se déplace jusqu’à l’entrée de la cuisine où elle vomit, ceci relève de la partie physique abordée tout le long de l’épisode.Tout du long, les bruits de l’extérieur sont omniprésents, mais les plans sont concentrés sur le visage de l’héroïne donnant toujours un sentiment de piège alors que la vie continue à l’extérieur. On se concentre sur des objets tout du long, ici , un plan sur l’essuie-tout absorbant le vomit. Tout devient alors plus intense et est ressentit par le personnage en état de choc aussi perçu par le spectateur. Un personnage entre alors, représentant une figure paternelle pour Buffy et découvre Joyce au sol, Buffy alors réalise que sa mère est décédée.

Dans cette séquence le spectateur et même le personnage est arraché du monde fantastique qu’il connait habituellement. Pour retomber dans la vie réelle et ses aléas, les plans coupes du téléphone et autres objets montrent une amplification de cette réalité. La mort dans cette série est toujours dûe à des raisons maléfiques qui font que, la Tueuse peut le gérer mais la mort naturelle est nouvelle, et même Buffy ne sait pas y faire face, ce qui rend cette séquence et cet épisode très riche. Le spectateur se retrouve tout comme le personnage piégé, pas de musique, mais des bruitages amplifiés. Le reste des personnages se retrouvent par la suite, eux aussi, arrachés au monde fantastique, Dawn, la sœur de Buffy apprend la nouvelle, elle revit ce qu’a vécue Buffy avec l’amplification de tout ce qui l’entoure ( crayon, statue…).

Le groupe d’amis quant à lui est désorienté. Il n’y a personne à blâmer, pas de démon sur qui se venger, ils ne savent pas quoi faire, ou comment faire face à cette situation. Joyce peut ici, être représentée comme le monde fantastique que les personnages et le spectateur côtoyaient, et sa mort, nous arrache de ce monde pour nous montrer une nouvelle réalité, une sorte d’allégorie de la caverne de Platon ou bien de « Matrix ».

L’objectif de Joss Whedon pour cet épisode était de montrer non pas la tristesse des proches, suivit d’un enterrement … Mais de montrer l’ennui et la lenteur des premières heures sur la mort et bien sûr, cette réalité à laquelle Buffy fait face.On assiste aussi tout le long de l’épisode un aspect physique. L’épisode intitulé « The Body » traite le sujet sous différents angles. La gêne du corps de Joyce lorsque Buffy remet la jupe de sa mère en place avant que les secours arrivent, ou encore la côte cassée, le vomissement….

Cependant lors du dernier acte, Buffy affronte un vampire dans la morgue. Le combat y est différent, encore une fois un autre angle d’aspect physique est montré. L’affrontement est très corporel et se déroule comme un match de catch, et rend toute la scène très crue. Cette dernière scène nous redonne un aperçu du monde fantastique, pour retourner une fois le combat fini, à cette perpétuelle réalité.

Cet épisode est je pense une façon de communiquer au public l’influence du fantastique sur eux. A la fin de l’épisode, Dawn s’apprête à toucher le corps de sa mère. Les spectateurs ont suscités une rumeur comme quoi celle-ci allait ressusciter Joyce. Ce qui montre bien l’emprise des spectateurs sur l’univers créé. Joss Whedon ici à donc dévoilé aux spectateurs un univers sans illusions et sans fantastique, ce qui rend cet épisode choquant pour le spectateur. Un autre épisode aborde ce thème, on le retrouve dans la saison 6, Buffy se retrouve dans un hôpital psychiatrique , le spectateur est alors invité à se demander si tout ce qu’il se passe depuis le début de la série est bien réel ou non. Si cela n’était que le simple fruit de son imagination.

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