Comment Joss Whedon est devenu le roi des geeks

Il est surnommé « le roi des geeks », et à raison : Joss Whedon a effectivement marqué des générations de fans de pop culture en la rendant légitime aux yeux du grand public. Le 23 juin, le réalisateur et scénariste connu pour Buffy contre les Vampires, Firefly ou les Avengers fête ses 53 ans, dont 28 de vie active dans les coulisses du petit comme du grand écran.

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Comme le décrit Nicolas Labarre, professeur de civilisation américaine à Bordeaux, « Joss Whedon est l’une des figures de proue de la rénovation de la pop culture, avec J.J. Abrams (Le Réveil de la Force, Lost) et Damon Lindelof (Lost, The Leftovers, Prometheus) ». Il a en effet réussi à créer un véritable univers autour de son oeuvre et surtout à populariser auprès du grand public une culture considérée comme geek (les personnes passionnées de jeux vidéos, de comics ou de l’univers fantastique et de la science-fiction), réservée à des spécialistes ou aux fans, et bien souvent dénigrée par les autres.

Il a signé « Toy’s Story », « Buffy » et « Les Avengers »

Pourtant, des œuvres à la fois intéressantes, de fans et populaires auprès de tous, il en a bon nombre à son actif. Fils d’un père scénariste et d’une mère auteure et activiste féministe, Joss Whedon s’envole à la fin des années 1980 vers Los Angeles pour travailler sur les séries Roseanne, puis Parenthood. En 1995, c’est la première consécration de son travail d’auteur : il co-signe le scénario du film d’animation Toy Story, pour lequel il est nommé à l’Oscar du meilleur scénario original.

Mais son nom s’impose incontestablement dans les années 1997, alors qu’il crée Buffy contre les vampires : en sept saisons, la série devient culte, et reste encore aujourd’hui la plus étudiée dans les universités américaines. Joss Whedon se fait alors un nom et devient l’une des figures majeures de la pop culture.

Il travaille ensuite sur de nombreux projets, dont les séries de science-fictions Firefly, Serenity et Dr. Horrible’s Sing-Along Blog, avant de sauter dans le grand bain de la superproduction hollywoodienne avec les deux premiers films des Avengers, qui rencontrent eux-aussi un succès critique et commercial. Joss Whedon est alors une signature prisée des studios.

Il met en avant ses personnages avec de la profondeur et de l’humour

Whedon s’est imposé dans le cœur du public grâce à son style très marqué, notamment au niveau de l’écriture des dialogues. Alternant entre un humour pince-sans-rire léger et des thématiques plus sérieuses (le féminisme, l’existentialisme et le sacrifice de soi reviennent régulièrement dans son oeuvre), il est surtout connu pour l’importance qu’il donne à ses personnages et à leur psychologie.

C’est l’un des scénaristes qui insiste le plus sur le parcours et l’évolution de ses protagonistes, ainsi que sur l’écriture de la dynamique de groupe. Pour David Peyron, auteur du livre Culture Geek, « il arrive à rendre les personnages très humains, avec une psychologie profonde en très peu de répliques et toujours avec de l’humour. Il a créé une manière d’écrire qui rendait ses personnages crédibles. »

Il a été influencé par Sartre et Spielberg

Si le succès est au rendez-vous, c’est également parce que ce réalisateur-scénariste n’a pas manqué d’être influencé par des figures imposantes de la littérature et du cinéma. Côté septième art, Steven Spielberg est une source d’influence majeure. Dans la biographie qu’Amy Paul consacre au showrunner de Buffy contre les vampires, un passage est consacré au premier choc cinématographique de Whedon, Rencontre du troisième type. Grâce à ce long métrage, il aurait réalisé ce que signifie « être humain », ce qui l’a énormément influencé dans son oeuvre. 

Autre production importante, Alien, son film d’horreur préféré. Pour lui, ce n’est pas le monstre qui représente l’horreur absolue mais les personnages, qui n’ont aucune solidarité entre eux. 

Côté littérature, William Shakespeare et Jean-Paul Sartre sont des influences clés pour le cinéaste. La Nausée notamment a fait naître chez lui l’aspect existentialiste qu’il développera ensuite. Grâce à ces auteurs naissent chez lui l’importance du personnage et la dimension humaine qu’il mettra ensuite en avant.

Il synthétise la rencontre entre les fans et le grand public

Si Joss Whedon a réussi à s’imposer comme l’un des maîtres de la pop culture, c’est aussi parce qu’il est arrivé au bon moment, quand la culture des fans se développe. « Whedon incarne un moment où la culture des fans devient mainstream, notamment grâce à Internet », complète l’universitaire Nicolas Labarre. Il commence à travailler sur le petit écran au moment où Internet se développe et que des fandoms se créent, mais aussi lorsque les séries entrent dans leur âge d’or et qu’un véritable engouement pour la télévision se crée. 

Il a également  contribué avec les autres auteurs de sa génération à réduire la frontière entre le fan et l’auteur. En effet, le scénariste n’est plus au-dessus des spectateurs mais se revendique lui aussi fan, avant d’être auteur, ce qui permet d’offrir des œuvres pointues signées par des connaisseurs.

Sa réussite principale, c’est surtout d’avoir réussi à populariser une culture geek en la rendant accessible aux néophytes tout en faisant des clins d’œils aux fans érudits. Pour le professeur de l’université de Bordeaux Montaigne, « Il a réussi à faire la synthèse entre le fan érudit et passionné tout en le rendant accessible aux novices sans être cynique de son sujet. » Un avis partagé par David Peyron : « Il arrive à créer divers degrés de lecture, il y en a pour tout le monde. Ses références à la fois grand public et obscures font que ça plait à tout le monde. »  

Avec son style bien particulier et les groupes de fans qui le suivent à travers le monde, Joss Whedon s’est imposé à la fois comme une valeur sûre pour les grands studios, mais également comme un grand nom de la pop culture.

Texte de Manon Bricard, pour RTL

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