La sexualité dans Buffy

La sexualité dans Buffy

Les thèmes autour de la sexualité sont présents en filigrane dans la série. Souvent abordés à travers des métaphores propres à Buffy ou même carrément mis en scène par des séquences de sexe voyeuristes, on peut bien sûr en étudier les représentations directes, comme de nombreux essayistes avant nous l’ont fait. Tout au long de ce dossier, nous tentons d’étudier point par point, et en 11 questions, les thèmes liés au sexe dans Buffy contre les vampires, en y intégrant une multitude de références. 

.

.

.

.

Les personnages sont-ils frustrés sexuellement ? 

Les personnages dans leur globalité sont frustrés sexuellement. Le premier exemple qui nous saute aux yeux et auquel tout le monde pense quand on parle de frustration, c’est évidement celui du couple Buffy-Angel. Même si c’est par métaphore, tout le monde l’a compris, la relation qui unit la Tueuse et le vampire est emprunte de privation et d’insatisfaction. Les fans veulent cette consommation de l’amour entre leurs deux héros, mais à aucun moment elle n’aboutira à un sentiment de plénitude, et les deux seront dépossédés de leur désir. Jamais les scénaristes ne les autorise à connaître pleinement la satisfaction. Soit ils cèdent à leur envie et cela engendre le chaos lors de la saison 2, soit ils y résistent en cela engendre de la douleur en saison 3. Plus cruel encore, Joss Whedon nous écrit un scénario en 1999, dans le cadre de la série dérivée « Angel » (épisode « 1×08 Je ne t’oublierai jamais ») où les deux personnages parviennent à trouver l’harmonie le temps d’un épisode lorsqu’Angel retrouve son humanité tant recherchée. Mais le pauvre vampire, condamné à renoncer au bonheur, doit revenir en arrière et tout effacer s’il veut pouvoir lutter au mieux contre les forces du Mal et trouver sa vraie rédemption. Derrière cet état de fait, il y a quelque chose de brutal qui engendre un grand malheur. Le désir n’est jamais assouvi, et quand il est exceptionnellement vécu, il ne peut donner pleine satisfaction, puisqu’il y a des conséquences à gérer à chaque fois. Des conséquences qui empêchent de connaître le bonheur parfait, même si la jouissance est là pendant le coït. On pourrait associer métaphoriquement ce phénomène à la culpabilité du plaisir vécu. Ce plaisir de la sexualité hors mariage qui est encore mal vu à l’époque dans la religion et dans notre société.

Quand Buffy entre à la fac et qu’elle devient une jeune femme libre, à l’aube de ses 19 ans, elle fait la rencontre de Parker, un étudient avec lequel elle est prête à oublier Angel. Mais le syndrome de la relation aboutie qui ne permet pas la plénitude est toujours bien présent, puisque le lendemain de leur première nuit est encore brutal, et Parker se détourne de Buffy après avoir eu ce qu’il voulait. Buffy finit par perdre confiance en les hommes et croire que le sexe n’engendre rien de bon, et finit par se convaincre que les relations sexuelles ne peuvent que mal se finir systématiquement. Comme avec Angel, elle se fait un mauvais délire post-coïtal et se convainc qu’elle n’est pas à la hauteur au lit. On débouche alors sur le thème de l’abandon, qui parlera à beaucoup de jeunes filles qui ont connu cette situation. Buffy pensait qu’en se donnant, elle allait trouver l’amour, et elle apprend finalement à ses dépends que le sexe n’est pas synonyme d’amour.

Avec Riley, la tendance s’inverse. Buffy trouve la plénitude, la stabilité, une véritable expérience, et avec elle une pleine jouissance du désir. Riley lui fait en quelque sorte son éducation en matière de sexe et les deux amants passeront la saison à s’épanouir dans des scènes voyeuristes (comme celles de l’épisode « 4×18 La maison hantée »). Sauf que dans une sexualité épanouie, ce sont les deux partenaires qui doivent connaître la jouissance. La frustration finit par pointer de nouveau le bout de son nez quand Riley craint de ne plus être à la hauteur. Tant qu’il éduque Buffy et la découvre, tout se passe très bien, mais quand il entend parler de son rival Angel, il perd confiance en lui et ressent un sentiment palpable d’infériorité. Son estime de lui est en berne, et il a sentiment qu’il doit constamment prouver à Buffy qu’il est à la hauteur. Le malaise est alors installé.

Quand finalement il n’arrive plus à contrôler sa frustration, il s’en va payer métaphoriquement des prostituées vampires pour assouvir ses envies. Beaucoup d’hommes paient, parfois des petites fortunes, pour une excitation passagère avec d’autres femmes. La femme vampire qui mort le bras de Riley est clairement la métaphore de la fellation. Le sang peut alors être comparé au sperme, et quand Riley offre son sang à une vampire dont il prétend qu’elle a faim de son corps et de son sang, il sous-entend qu’il a besoin d’aller jusqu’à l’éjaculation pour satisfaire ses besoins primaires. Il y a aussi une vengeance dans la démarche de Riley, qui a du mal à admettre que Buffy ait été symboliquement mordue (donc pénétrée) par Angel et Dracula. La vraie question qui est souleveée est la suivante : est-ce que Buffy refuse de céder à ses fantasmes pour qu’il aille les réaliser ailleurs ? Et si Riley s’en va trouver des expertes du sexe, faut-il en déduire que Buffy reste limitée dans ce qu’elle peut faire au lit ? 

La relation Buffy-Spike est également emprunte de frustration, mais d’une toute autre forme de frustration. Il y a deux faits à distinguer. D’une part une Buffy en mal-être total qui recherche des sensations fortes pour se sentir exister, et d’autre part l’idéalisation obsessionnelle de Spike pour la Tueuse. Si en apparence ils vivent pleinement l’acte sexuel et le désir / le plaisir qui va avec, ils nourrissent cependant une frustration dévorante. La frustration n’est pas sexuelle ici mais bel et bien psychologie. Tous les deux cherchent à combler un manque dans cette relation et la consomment pour assouvir ce manque. Oui mais voilà, malgré cette consommation satisfaisante, le manque n’est toujours pas comblé, et au final Spike n’obtient jamais la relation qu’il souhaite avec Buffy. De son côté, Buffy vit cette relation dans l’instant, jouit, mais après coup, elle en avec un ressort dégoût d’elle-même et rejette la relation qu’elle refuse d’assumer. Très vite, la relation entre Buffy et Spike devient malsaine et la frustration s’installe parce que Buffy ne peut pas donner à Spike ce qu’il attend d’elle. Elle ne peut lui donner qu’une sexualité, rien de plus ! Et lorsque finalement la relation évolue, et qu’ils trouvent une sérénité dans cette relation, la sexualité disparaît et la relation redevient platonique (épisode « 7×20 Contre-attaque »).

Toujours sur le thème de la frustration, il nous faut évoquer l’excellente métaphore de l’impuissance sexuelle mise en scène dans « 4×07 Intrigues en sous-sol », avec la puce de Spike qui le rend inoffensif. Alors que celui-ci tente de mordre Willow, il finit la scène à s’excuser, assis sur le rebord du lit, avec une Willow qui lui propose de réessayer et qui s’interroge sur sa capacité à exciter les hommes. Savamment écrite, la scène possède une double lecture qui n’échappera à aucun adulte. 

Les méchantes dans « Buffy » sont-elles assoiffées de sexe ? 

Ce n’est pas tant que les méchantes sont assoiffées de sexe, mais par la sexualité elle peuvent prendre la puissance et souvent détenir le pouvoir sur les hommes. Comme Faith, Bad Willow, Gloria, Drusilla, Darla ou encore Anya ont le pouvoir entre les cuisses, elles commandent et elles dominent les hommes présents autour d’elles. Parce qu’elles sont méchantes elles ne se soucient guère du regard des gens et du qu’en-dira-t-on. Elles n’ont pas ces limites là. Non pas qu’elles soient plus voraces que les héroïnes du show (Buffy, Willow, Cordélia…), mais elles affichent pleinement leur sexualité et en ressortent donc sexy. C’est une question de jeu, de pouvoir, et presque une manière d’appâter la proie (comme Darla avec Jesse dans le pilote par exemple). Elles revêtent leurs plus beaux atouts et séduisent pour mieux tromper et hypnotiser. C’est en vérité une beauté trompeuse. Mais il faut bien souligner que ce ne sont pas que les femmes qui détiennent le pouvoir par le sexe dans Buffy. Les hommes aussi ont ce pouvoir. Néanmoins, ce sont les femmes comme Gloria ou Faith qu’on remarque le plus, puisque les femmes ne s’exhibent habituellement pas aux yeux des gens dans les séries de l’époque. Seuls les hommes peuvent se le permettent, ne craignant pas d’être jugés ou de porter une étiquette de « fille facile ».

Bad Willow a une sexualité totalement affirmée. Elle est dominante, sado-masochiste, fétichiste et bisexuelle. Elle affiche sa voracité en permanence, elle le porte même sur elle par le cuir, et qu’importe le regard des autres. Bien qu’elle soit officiellement la compagne de Bad Alex, elle pelote son double, se livre à des jeux de langue avec Angel, et prend Cordélia en sanwich avec son petit ami vampire dans une scène plus que suggestive. En comparaison, notre petite Willow, qui n’est pas méchante pour deux sous, semble bien coincée. Bad Willow est la métaphore de ses envies et de ses pulsions refoulées. Elle réalise tous les fantasmes enfouis au plus profond de Willow et préfigure l’évolution sexuelle de la jeune femme pour les saisons à venir. Chez les vampires et dans la culture populaire, toutes les pulsions refoulées ressortent (Angel l’explique d’ailleurs dans « 3×16 Les deux visages »). Ce côté méchant permet d’exhiber les pulsions.

Le cas de Faith est encore différent. Faith est provocatrice parce qu’elle a besoin d’acceptation, et pour ça elle a besoin de séduire. Elle est avide de sexe parce qu’elle cherche à posséder sexuellement, même les garçons qui n’ont pas d’intérêt pour elle (Alex). Posséder les garçons est peut-être bien le seul point de repère qu’elle trouve étant donné qu’elle ne possède rien et n’a rien à quoi s’attacher. La dominance qu’elle exerce sur les hommes, y compris au lit dans ses positions où elle se retrouve toujours au-dessus, lui permet d’être acceptée par la force. Une fois qu’elle a possédé, l’homme-objet perd toute son intérêt, car le sexe est vide, creux et que ça ne comble finalement jamais le manque qu’elle a en elle. on en revient encore et toujours à la frustration. Elle jette les hommes comme des vielles chaussettes et ne les considère pas car elle n’a pas trouvé jusqu’à la fin de la série son idéal. En saison 7, avec Robin Wood, ça semble coller car elle a appris beaucoup de choses sur elle-même, elle a pris confiance en elle, et elle n’est plus envieuse. Elle ne recherche plus à combler un manque, et on notera ironiquement qu’elle n’est plus une méchante. Du coup elle laisse Robin la surprendre et est apte à l’entendre et à l’écouter. Elle est aussi apte à « recevoir », et plus seulement à « prendre » ! Il faut avouer que Faith est moins coincée que Buffy car elle se laisse aller à ses désirs sans complexes et sans culpabilité, sans peur du jugement. Buffy cependant la domine dans le domaine car elle connaît la sexualité de l’amour. 

Gloria, la big bad de la saison 5, n’a pas besoin de sexualité, peut-être parce qu’elle est l’homme et la femme à la fois en partageant le corps de Ben. C’est du moins notre théorie sur le sujet. On la voit sexy tout au long de la saison, apprêtant des robes rouges (la couleur qui excite les hommes), mais jamais on ne la voit fréquenter d’hommes. Elle semble s’auto satisfaire et son désir et son plaisir sont reportés dans un besoin matérialiste de posséder (des robes sexy, des chaussures m’as-tu-vu…). Elle domine les hommes par la force, elle veut qu’on l’aime, mais pas forcément pour son physique. 

Anya est une femme qui a déjà bien vécu et sait ce qu’est la sexualité depuis 1120 ans ! Elle sait ce qui fait plaisir aux hommes et en est totalement libérée et décomplexée. Elle ne cherche pas à imposer et à dominer comparé aux femmes citées dans ce chapitre. C’est peut-être de part le fait la plus épanouie et la plus stable sur le plan sexuel. La sexualité n’est pas du tout pour elle un problème épineux comme il l’est pour tout un chacun. Elle est peut-être aussi un peu égoïste sexuellement, mais cela provient du fait qu’elle ne s’est pas donnée pendant 1000 ans et ne répondait qu’à ce que voulaient les femmes en réalisant leurs voeux de vengeance. Elle est misandrique dans sa façon de maudire le genre masculin (elle a été cocu quand elle avait 20 ans il faut dire !) et ce n’est que grâce à Alex qu’elle va apprendre à aimer et accepter la condition masculine. Anya est une assoiffée de sexe, et elle aime ça. « Ca fait deux jours qu’on a pas fait l’amour, tu ne m’aimes plus ! » reproche t-elle à Alex dans « 4×18 La maison hantée » !

Dursilla est à l’origine une fille prude, catholique, rigide et stricte. La sexualité, elle en parle pas, et ça ne se passe que dans les couples mariés (Angel dit qu’elle était la plus pure et a tout fait pour la pervertir). Le jour ses de voeux, avant de l’engendrer, Angelus couche avec Darla sous ses yeux. Il la pervertit et lui impose une sexualité. En tant que vampire, Drusilla vit pleinement sa sexualité, le vampire étant l’expression des pulsions refoulées. Elle a un coté sado-maso parce qu’elle aime autant être maltraitée par un homme que de dominer un homme (et pas forcément que les hommes d’ailleurs). Drusilla n’est jamais seule et toujours entourée de partenaires potentiels. Elle est incestueuse de part sa folie et se montre fière d’engendrer sa « grand-mère » (Darla) dans Angel. Elle cherche toujours à séduire son « père », Angel, le libérateur qui lui a donné naissance. Dru prend aussi beaucoup de plaisir à le torturer dans « 2×10 Kendra (2/2) ». Elle est assoiffée de sexe et vit sa libido, car le sexe est nécessaire pour elle avoir une reconnaissance. Ne nous dites pas qu’elle a couché avec le démon chaos parce qu’elle l’aimait !

Enfin, terminons avec le cas de Darla, une experte en matière de sexe. N’oublions pas qu’à l’origine, elle est une prostituée de Virginie. Elle est une professionnelle du et c’est son tord, car elle pense qu’elle peut retenir les homme par le sexe. Elle use et abuse de ses charmes pour piéger et également pour garder un homme à ses côtés. Sauf que quand il n’y a que de la sexualité, c’est creux et c’est frustrant. Elle n’est pas assoiffée de sexe, mais sait l’utiliser comme une arme nécessaire. Elle n’aime en vérité la sexualité quand elle aime son partenaire. 

.

.

.

.

BONUS : Scène coupée au montage !

Buffy est-elle pionnière en matière de sexualité (et d’homosexualité) sur le petit écran ? 

Non, Buffy est peut-être pionnière dans ce qu’elle montre à l’écran , mais pas forcément en terme de sexualité dans le sens global du terme, puisque la sexualité est abordée de façon suggestive depuis bien longtemps. Cependant, pour une série tout public, en première partie de soirée, et sur une chaîne de grande écoute, Buffy a osé beaucoup de choses encore jamais tentées jusque là, et a réussi à déjouer la censure. Les premières années, la série a été très critiquée par les ligues catholiques américaines (raison pour laquelle Whedon se moque ouvertement du puritanisme religieux dans certains épisodes comme « 4×18 La maison hantée »). On se souviendra tout de même de certains thèmes audaiceux comme la métaphore d’un démon MST dans le deuxième épisode de Angel.

Concernant l’homosexualité, la série était bel et bien pionnière. A l’époque on sous entendait les relations homo, mais on ne les montrait jamais à l’écran. Xéna a peut-être été celle qui a le plus tenté les choses sans jamais être trop directe. Avec Willow et Tara, la chaîne refusait de montrer un baiser lesbien à l’écran, et comme le baiser reste un acte de la vie courante, les diffuseurs ont laissé la scène du baiser entre Willow et Tara sans la censurer, lors de l’épisode « 5×16 Orphelines », un épisode qui dépeint justement les aléas de la vie courante comme aucun autre. Le phénomène s’est normalisé dans la série après cette séquence, alors qu’au départ il fallait passer par des subterfuges, des métaphores comme la séance de magie similaire à une scène d’orgasme dans « 4×16 Une revenante (2/2) ». Autant montrer du sexe dans un couple mixte hors mariage passait encore, autant l’homosexualité demeurait carrément tabou ! Les autres séries après Buffy se sont engouffrées dans la brèche et affranchies de ses codes-là. 

Pour la première fois avec Buffy, ce n’était pas les clichés du gay efféminé ou de la lesbienne garçon-manqué que l’on découvrait, mais des homosexuels comme n’importe qui d’autre. Le premier à être dévoilé fut le personnage de Larry Blaisdell, homosexuel refoulé qui jouait les durs pour mieux dissimuler ses penchants pour les garçons et conserver sa place et sa dignité dans l’équipe de foot. Avec Willow et Tara, puis plus tard avec Kennedy, Whedon a ancré l’homosexualité comme une normalité, des couples comme des autres vivant une histoire d’amour comme les autres. Par ailleurs, faire d’un personnage principal une lesbienne a plein temps, et en arriver au point où elle redécouvre sa sexualité fut une direction osée mais habile de la part de Whedon. Les fans ont finalement accepté Willow comme telle, parce qu’elle ne tombait pas dans la caricature. 

Souvent, les homos à la TV sont des hommes gays, et rarement des femmes. Alex fait un rêve dans lequel il s’apprête à participer aux ébats de Willow et Tara, parce que pour beaucoup d’hommes c’est objet de fantasme. En oubliant Oz pour former un couple avec Tara, Willow passe d’une relation plus bestiale à une relation plus douce. Tara est l’antithèse de Oz, sorte de miroir inversé. Explorer le corps d’une femme est aussi pour Willow se connaître soi-même. C’est totalement crédible et plutôt bien amené que Willow se redécouvre homosexuelle car elle est ouverte d’esprit et qu’elle nourrit une haine des hommes qui ne l’acceptent pas comme elle est. Quand elle était au lycée, elle n’attirait pas les garçons comme ses copines Buffy ou Cordélia. Elle a passé ses années lycée à baver sur un Alex qui ne la remarquait même pas. Oz la trompe avec une femme plus sexy qu’elle et quand elle voit Parker se servir de Buffy c’en est trop, et elle part lui déclarer son dégoût des hommes en des termes crus. Willow n’est cependant pas lesbienne lors de ses premiers échanges au début avec Tara. Elle est amoureuse de Tara, de sa personne, et ne nourrit pas de fantasme lesbiens purement sexuels. Elle s’affirme comme homo plus tard en saison 7 et clame haut et fort sa préférence pour les filles. Mais elle est passée par une phase de transition bisex parce qu’elle s’attache d’avantage aux personnalités qu’au sexe.

Après le fameux « 4×19 Un amour de pleine lune » qui évoque le coming-out, l’épisode important dans Buffy est « 5×06 Les liens du sang », écrit et réalisé par Joss Whedon lui-même, où la famille de Tara désapprouve son homosexualité derrière une métaphore en filigrane où ils lui reprochent ses jeux malsains avec la magie. Avec cet épisode, Whedon dénonce les limites du système hétérosexuel et patriarcal et offre aux homos qui se sont reconnus dans la situation de Tara à ne pas hésiter à sortir du placard. Dans le scooby-gang, on ne fait pas de jugement sur l’orientation sexuelle, on aime les gens pour ce qu’ils sont. Quand Tara rompt ses liens avec sa famille et accepte pleinement son homosexualité, elle se débarrasse enfin d’un poids lourd à porter.

Les couples sont-ils consentants quand ils consomment leur amour ? 

L’auteur Douffie Shprinzel fait une superbe analyse à propos de la communication et du sexe dans Buffy, pour Le Cinéma est politique. Son analyse nous a beaucoup éclairé pour répondre à cette question essentielle. Selon lui, si la série nous présente de rares discussions que l’on peut qualifier de « positives » comme celle entre Willow et Oz dans l’épisode « 3×10 Le soleil de Noël » où ce dernier lui rappelle qu’elle ne lui doit rien, et surtout pas du sexe, la plupart des scènes sexuelles se déroulent sans le moindre échange verbal, ni avant ni pendant. Une musique est là en « compensation » et remplace les discussions qui seraient autant d’occasions de se rendre compte que justement, tout le monde n’a pas le même rapport à la sexualité ni les mêmes envies aux mêmes moments. La musique est un élément qui soumet les personnages à un modèle de sexualité leur préexistant et dans lequel ils se fondent et jouent un rôle. Ainsi la série, comme tant d’autres productions de notre culture, impose un modèle très normatif de sexualité plutôt que de présenter un aperçu de toute la diversité qui existe en termes de désirs et de pratiques, et polarise la sexualité entre des scènes d’amour ultra-chargées et des scènes de destruction qui montrent au contraire la sexualité comme un terrain particulièrement monstrueux et dangereux. Au lieu de dénoncer la culture du viol comme on pourrait l’attendre d’une série se revendiquant du féminisme, elle s’y baigne (presque) entièrement.

Quand Willow propose à Oz de coucher ensemble pour se faire pardonner, il a une réaction  respectueuse. Par contre, quelques épisodes plus tard, il lui saute dessus à un moment où elle ne s’y attend pas et où elle est très stressée, comme si, parce qu’ils ont entre temps réglé leurs problèmes de couple, c’est maintenant bon à n’importe quel moment. Et ça tombe bien : malgré sa surprise, son stress, et le fait qu’elle n’ait jamais couché avec quelqu’un d’autre, Willow adore ça ! « Meilleure nuit de ma vie » dit-elle plus tard.

De même, et toujours selon Douffie Shprinzel, quand Buffy et Angel font l’amour pour la première fois, la scène est annoncée au début de l’épisode par un rêve où Buffy et Angel se regardent dans les yeux sur fond de musique romantico-sexuelle et semblent irrésistiblement attirés l’un vers l’autre…

La série justifie complètement cet implicite en présentant deux personnages pour lesquels il n’y a pas le moindre doute sur leur désir. Pourtant, la relation entre Buffy et Angel est très complexe, mélodramatique, fluctuante. Un coup c’est elle qui veut terminer leur relation, un coup c’est lui. Mais visiblement, dès qu’il s’agit de sexe, il ne peut plus y avoir de temps de flottement, d’indétermination, d’hésitation, de tâtonnement, et leurs désirs se trouvent magiquement en parfaite synchronie. L’évacuation pure et simple de tout ce qui nécessite d’avoir des discussions autour de la sexualité se justifie elle-même : puisque tout est implicite et que tout se passe bien, c’est que l’explicite n’a pas sa place. Non seulement tout le monde est censé avoir envie du sexe tel qu’il est représenté dans Buffy (ainsi que presque toute la production culturelle de notre société), mais en plus c’est la verbalisation des différences en matière de sexualité qui est doucement poussée sur le côté, limite ridiculisée par contraste avec le sexe silencieux-et-merveilleux qui nous est montré.

Douffie Shprinzel cite la scène où Willow et Oz font l’amour pour la première fois, de même qu’Angel et Buffy ; mais de telles scènes où la musique remplace la communication se produisent également entre Buffy et Parker (la relation est certes critiquée par la série, mais pas la scène de sexe), entre Willow et Tara, entre Alex et Anya, entre Faith et Robin, entre Willow et Kennedy…

Douffie Shprinzel explique sue les rares fois où les personnages se parlent, c’est souvent à l’impératif. Or, dans une culture où la sexualité est tellement normée, s’en écarter pour avoir l'(a-)sexualité que l’on préfère est une tâche très difficile, qui n’est pas vraiment facilitée si l’on est constamment poussé à adopter un comportement sexuel « normal », attendu. Bref, si l’absence de communication est déjà un problème au niveau du consentement, le fait de parler à l’impératif en est un également. Et les deux semblent érotisés par la série.

Par exemple, lorsque Anya veut coucher avec Alex dans « 4×03 Désillusions », elle se déshabille face à un Alex interloqué, puis ils couchent ensemble. C’est une technique qui a fait parler d’elle et qui relève de l’agression sexuelle (obtenir du sexe par surprise).

La culture du viol ne se limite pas à ces représentations problématiques des scènes de sexe : de manière plus générale, elle met en jeu tout un ensemble de codes genrés. Ainsi, dans Buffy – et, encore une fois, pas seulement dans Buffy – la sexualité féminine se trouve normée par diverses pressions : Buffy et ses amies ont une sexualité fortement contenue, sous peine d’être soit dangereuse (pour elles ou pour les autres), soit monstrueuse (et c’est là que les métaphores animales sont particulièrement parlantes). Les hommes, eux, sont dépeints comme des prédateurs sexuels « naturels », et leur sexualité n’est pas du tout polarisée de la même façon entre les gentils et les méchants, dont la déviance sera davantage illustrée par un désintérêt du sexe que par un trop fort attrait comme c’est le cas pour les méchantes. 

.

 

.

.

Certains personnages ont-ils un complexe d’œdipe non résolu ? 

Selon une certaine lecture des épisodes, on peut trouver un complexe d’œdipe chez Spike, chez Faith, et chez Buffy elle-même.

Buffy a en effet un léger complexe d’œdipe. Son père est absent depuis le début de la série, il fait partie de sa vie depuis qu’elle est petite et on sait qu’elle lui téléphone mais hormis quelques apparitions à Sunnydale, il est aux abonnés absents, et rate son anniversaire dans la saison 3. Buffy cherche alors en Giles, son mentor, un père de substitution, et ce thème est d’ailleurs le point focal de l’épisode « 3×12 Sans défenses », dans lequel elle lui demande d’aller assister avec elle à un spectacle de patinage, tradition qu’elle avait d’ordinaire mis en place avec son père biologique. Une scène a particulièrement dérangé certains fans américains : lorsque Buffy attire le Maire Wilkins dans la bibliothèque piégée aux explosifs, elle rejoint Giles à l’arrière du bâtiment pour déclencher le détonateur. A ce moment précis, Buffy pose alors sa main sur la cuisse de Giles. Des télespectateurs intrigués ne se sont pas gênés pour voir alors dans ce geste une connotation sexuelle, une attirance pour un homme plus vieux qu’elle, qui détient le savoir et qui exerce une forme de contrôle sur elle. Si l’on exclu Scott, dans la majorité de ses couples, Buffy a toujours été séduite par des hommes plus âgés, plus mûrs et plus expérimentés qu’elle, et ça commence dès la saison 1 avec Owen, le garçon de Terminale qui accroche son regard. On peut rapprocher cette étrange attirance pour des hommes plus vieux à une sorte de compensation de l’absence de son père. 

Faith quant à elle, a clairement vécu dans un foyer instable, et son développement psychologique n’est pas aboutit. Son père était un homme violent et alcoolique comme on l’apprend dans les comics, et l’image qu’elle retient de son paternel est écornée. De par cette image, elle développe une certaine méfiance des hommes, pour ne pas dire une misandrie. Ses relations avec les hommes sont alors biaisées alors qu’elle n’a que 16 ans. Elle explique à Buffy dans un dialogue de l’épisode « 3×07 Révélations », que ses relations avec les hommes se terminent avant même d’avoir commencé, et qu’elle a trouvé des défauts à tous ses ex, l’un n’étant pas assez viril, l’autre peu fiable et ainsi de suite. Elle a un certain mépris des hommes et elle les utilise, comme elle le fait avec Alex ou avec Robin. Elle reste dans la recherche constante de séduction, quitte à séduire des hommes déjà pris comme Angel. Quand elle entre au service du Maire et qu’une relation père-fille s’installe entre ces deux là, elle trouve enfin le père qu’elle n’a jamais eu. La sincère affection mutuelle que se portent le Maire et Faith est en opposition avec leur malfaisance et la violence qu’ils engendrent. Ils sont rapprochés par leur solitude, n’ayant tous deux aucune famille vivante. Le maire se montre fier des réussites de Faith et l’aide à se bâtir un amour-propre.

L’analyste et essayiste Lorna Jowett explique dans une analyse criante de vérité que le fait qu’il n’y ait aucun élément sexuel dans leur relation la rend encore plus forte. L’analyste compare par ailleurs le maire au Maître car ils représentent tous deux le patriarcat, étant par exemple tous deux au sommet d’une hiérarchie et appelés par un titre et non par un nom. Le maire se révèle finalement être un mauvais père car, en tant que défenseur du patriarcat, il maintient sa position dominante, Faith étant condamnée à lui rester subordonnée. À la différence la relation existante entre Buffy et Giles, Faith n’affirme pas son indépendance vis-à-vis du maire mais recherche son approbation ainsi que le confort matériel qu’il lui apporte en obéissant loyalement aux ordres. Il y a également toute une symbolique dans le couteau qu’offre Wilkins à Faith dans « 3×19 La Boîte de Gavrock », une arme phallique avec laquelle elle peut transpercer et pénétrer la chair, comme pour se venger.

Enfin, le complexe d’œdipe de Spike, s’il n’est pas déterminé au début de la série, devient flagrant en saison 7 avec le subtil épisode « 7×17 Un lourd passé », qui parle de rompre les liens avec ses parents. L’actrice qui joue sa mère en 1880 ressemble à Sarah Michelle Gellar en plus âgée. Le prénom de sa mère était Anne, comme le deuxième prénom de Buffy. Les scénaristes ont glissé une foule d’indices avec le personnage de Anne Pratt pour établir un parallèle avec Buffy et nous faire comprendre que Spike recherche sa mère dans Buffy. Quand il était un humain de la vingtaine, William ne pouvait pas quitter sa mère, au point qu’une fois devenue vampire, il voulu l’engendrer et planter ses crocs dans sa chair, comme pour revenir métaphoriquement à l’intérieur d’elle. Ses instincts de vampire lui commandaient de pénétrer sa mère de façon incestueuse. Dans la mythologie vampirique telle que nous l’avons décrite lors de notre conférence à Paris le 26 Août 2016, quand un vampire engendre un autre vampire, c’est pour en faire son compagnon pour l’éternité. Et c’est aussi ce que voulait faire Œdipe en tuant son père pour coucher avec sa mère. Quand Anne Pratt est à son tour devenue démoniaque, elle révèle au téléspectateur qu’i n’aurait toujours pas compris la relation incestueuse qui existe entre elle et son fils en des termes crus.

Qui d’Angel ou Spike domine le mieux ses pulsions ? 

On a tendance à penser que celui qui domine le mieux ses pulsions c’est Angel, car il résiste effectivement à l’appel du sang, cette précieuse métaphore sexuelle. Même lorsqu’il est frustré en saison 3, après son retour des enfers, il parvient à se contenir, difficilement, mais il y parvient ! Il se domine et se discipline sur le sujet. Il a une maîtrise de lui-même que Spike n’a pas. Spike, quand il arrive enfin à attirer Buffy dans ses filets, cherche à obtenir d’elle toutes ses faveurs sexuelles. Même quand elle est dans la négation d’elle-même et qu’elle ne veut plus de leur relation, Spike persiste et insiste pour qu’elle cède encore à ses désirs et ses pulsions. Dans la phase de dépression et de perdition par laquelle elle passe en saison 6, elle accepte et consent à répondre a ses avances, du moins pendant un temps. Au moment où elle refuse totalement la relation, il n’entend pas le « non », et continue d’insister parce qu’il veut aller jusqu’au bout de sa pulsion, et n’écouter sa pulsion. Il ne se rend pas compte qu’il est en train de la violer quand il la force à coucher avec lui dans « 6×19 Rouge passion ». En vérité, Spike ne domine pas ses pulsions, c’est une puce implantée par l’Initiative qui est obliger de le faire pour lui. 

La deuxième lecture que l’on peut faire et qui pourrait nous laisser croire que Spike domine mieux ses pulsions qu’Angel, réside dans la controverse qu’à trop vouloir se discipliner, Angel redevient instable psychologiquement. En état de faiblesse, lorsqu’il n’a plus la force physique et mentale de lutter et de résister à ses envies primaires, le ça jusque là réprimé reprend le dessus. Nous voyons le cas se produire dans « 3×22 La cérémonie (2/2) ». Angel domine certes sa pulsion mais en l’étouffant, il réprime le ça pour se civiliser, et par là-même, c’est Angélus qu’il réprime. Ce même Angélus qui symbolise ses instincts primaires. Réprimer ses pulsions les plus profondes peut prendre des proportions monstrueuses. Spike exprime ses désirs et cède à sa nature profonde, sans chercher à la garder sous contrôle, mais il en demeure pleinement conscient. 

.

.

.

.

Riley symbolise t-il la normalité sexuelle ? 

La relation entre Buffy et Riley est une relation qui s’établit dans le temps, au fil des épisodes. Ils apprennent à se connaître et ne brûlent pas les étapes. Ils passent par un désir mutuel avant de consommer leur amour. Leur premier rapport avait fait monter l’excitation avant d’être interrompu par l’anniversaire surprise de Buffy dans « 4×12 314 » puis reporté à l’épisode suivant. C’est dans les premiers mois que les rapports sexuels dans un couple sont les plus fastes, ce qui est très bien intégré dans les séquences voyeuristes de « 4×18 La maison hantée », où Buffy et Riley sont tous deux demandeurs de nouvelles expériences et de nouvelles positions, au point d’en faire envier Forrest et Graham qui les écoutent derrière la porte de la chambre. Il y a un vrai échange entre les deux partenaires, car les deux sont entreprenants et à l’écoute l’un de l’autre. Au lit, tout semble donc très bien fonctionner, et Buffy n’a pas crainte de voir son petit ami se transformer en vampire ou disparaître après la première nuit comme Angel ou Parker.

Après l’échange corporel de l’épisode « 4×16 Une revenante 2/2 », si Faith intègre très mal le respect que lui témoigne Riley après qu’elle l’ait allumé et qu’ils aient couché ensemble, c’elle parce qu’elle n’a jamais eu cette intimité là, propre à un couple sain, ce regard dans le regard, cette proximité. Avec Buffy et Riley, c’est l’échange d’un corps et d’un cœur, et pas seulement l’assouvissement d’un désir primaire. Il y a entre eux une sérénité qui persiste dans le temps. La confiance s’est installée dès que Buffy a retrouvé Riley à ses côtés au réveil, après leur première nuit ensemble, chose qu’elle n’avait pas encore vécu jusque là. Six épisodes après le premier rapport, on voit encore Riley mettre des préservatifs, ce qui prouve que les deux amants ne brûlent pas les étapes.

Le sexe ne définit cependant pas toute une relation, qui réclame aussi sa part de confiance, de communication, de concessions, de respect et d’humilité. Pour des jeunes de vingt ans comme Buffy et Riley, s’il n’y a plus de sexe, il n’y a plus de relation. Or, ce plaisir sexuel partagé aurait très bien pu leur convenir s’il n’y avait pas eu Joss Whedon et son irrésistible besoin de détruire chaque petit coin de paradis. Il manque à Buffy et Riley un manque de communication et surtout un aveu de leur faiblesses réciproques, ce qui provoque de la jalousie et des pertes de confiance en soi de la part de Riley. La suite, vous la connaissez.

Buffy & Faith ? Angel & Spike ? Ambiguïté ou délires de fans ? 

La réponse est ni oui ni non. Les fans se sont facilement identifiés à leurs héros, et ont eu tendance à toujours glorifier voir surestimer les relations qu’ils désiraient. La plupart du temps, quand on aime deux personnages dans une série, on voudrait qu’ils finissent ensemble. De son côté, Whedon est très joueur et rien n’est jamais blanc ou noir chez lui. Il a laissé des indices subtils et fantasmagoriques qui peuvent laisser croire à de potentiels jeux de séduction entre Buffy et Faith, ou entre Angel et Spike. Il même a incorporé dans la saison 5 d’Angel une allusion, qui nous apprend que par le passé, les deux vampires auraient eu au moins une relation sexuelle entre hommes.

Les deux vampires ont toujours eu des relations difficiles. Angel a été le mentor vampirique de Spike mais ils ont des caractères totalement opposés et ne manquent jamais une occasion de se moquer l’un de l’autre, voire de se battre. Une grande partie de leur antagonisme vient de leur rivalité pour le cœur de Buffy mais surtout du fait qu’Angel a continué d’avoir des relations sexuelles avec Drusilla alors même qu’elle et Spike formaient déjà un couple (comme Spike l’affirme à Angel dans l’épisode « 5×08 Destin »). Néanmoins, leurs relations commencent à s’apaiser dans la seconde moitié de la dernière saison d’Angel, Joss Whedon disant d’ailleurs à ce sujet que l’un de ses plus grands regrets est de n’avoir pas pu développer leur relation en raison de l’arrêt de la série

Les relations de Buffy avec Faith sont complexes, mais elles ont déclenché beaucoup de commentaires, en raison de sous-entendus saphiques, lors des épisodes « 3×14 El Eliminati  » et « 3×15 Au-dessus des lois »Vue au 1er degré, ces épisodes montrent une Faith aimant bien briser les règles, et assez intuitive pour percevoir l’attirance d’Alex pour Buffy, et la complexité de Willow. Cette dernière montre d’ailleurs une certaine jalousie de lorsque Buffy la laisse tomber pour s’en aller avec une Faith plus attractive qu’elle.

La scène qui a suscité le plus de commentaires est celle où Faith attire Buffy hors d’une salle de classe en plein examen en l’appelant « girlfriend » et en dessinant un coeur percé sur une vitre. Il y aura bien sûr eu des jeux de séduction comme dans la scène au Bronze où Faith et Buffy se font face, indifférentes aux garçons, des insinuations (Buffy laissant entendre qu’elle a rencart avec un jeune individu dans « 3×07 Révélation »), et des sous-entendus, comme dans la réaction déçue de Willow (« Que je suis bête ! ») lorsque Faith lui « vole » Buffy après qu’elle ait essayé d’attirer son attention avec sa « protection fraîcheur lavande », et suite au refus de Buffy de laisser Willow l’accompagner dans sa mission. Lorsque Buffy repousse Willow en lui demandant de ne pas l’accompagner alors qu’elle accourt à l’appel de Faith, son choix peut s’interpréter symboliquement comme le rejet d’une démarche sensée et prudente, mais tiède émotionnellement, et l’attirance pour un comportement lui procurant des émotions fortes. Buffy et Faith se sont cherchées mais rien n’a jamais été défini ni acquis. L’une est en vérité envieuse de l’autre et aimerais avoir sa place, son corps, comme cela finit par se produire au sens littéral « 4×15 Une revenante 1/2 »

.

.

.

Quelle est la signification derrière le sadomasochisme présent dans la série ? 

Si la série donne autant de récurrence dans le sadomasochisme, sans jamais en faire un thème central pour autant, c’est peut-être pour mettre ses personnages en situation de faiblesse, comme Joss Whedon aime si bien le faire, et pour révéler certains aspects les plus profonds de leur personnalité. Dans toute la série, on ne compte en vérité que cinq personnages aux véritables tendances sado maso : Spike, Drusilla, Bad Willow, Faith et Buffy elle-même.

Si le langage visuel est omniprésent avec ses chaînes et ses menottes qui traînent un peu partout et font désordre dans le manoir d’Angel ou dans la chambre de Spike et Drusilla, c’est surtout en saison 6, avec Buffy et Spike, que le sadomasochisme s’installe et prend de la place. Présent pour montrer la dureté de ce que Buffy vit au quotidien en terme de violence et sur le plan émotionnel, le sadomasochisme fait comprendre au téléspectateurs les ressentis passagers de leur héroïne. Buffy est tour à tour maso (dans son besoin de violence, sa recherche de sacrifice et ses pulsions de mort) et sado (dans la façon qu’elle a de dominer, de commander, et de frapper Spike). Avec Angel elle était plus ou moins dominante malgré tout, et ne devenait maso qu’au moment ou Angelus apparaissait et avait le dessus sur elle. Elle sait que sortir avec un vampire plus vieux qu’elle est dangereux et risqué, mais elle ne peut s’empêcher d’aller le retrouver.

Whedon aime faire souffrir ses personnage. Le sadomasochisme est une bon moyen de les faire souffrir et dévoiler leur failles… Buffy ne cherche pas la souffrance mais inconsciemment elle se met en position de faiblesse. Elle ne veut que des hommes forts, capable de lui faire sentir qu’elle existe. Le (trop) gentil Riley a su lui apporter ce qu’elle recherchait pendant un temps. Quand il n’était plus assez fort pour elle, il lui fallait quelqu’un de plus dur et de plus violent encore. Dans « 6×09 Ecarts de conduite », la violence comme préliminaire entre Buffy et Spike, avec cette maison qui s’effondre autour d’eux pendant qu’il sont en plein coït, signifie que le monde s’effondre autour de notre héroïne, perdue dans des considérations existentielles. Quand on est au plus mal dans son esprit, on a besoin de sentir encore son corps (c’est le même symptôme que ceux qui se scarifient et s’infligent des violences pendant une dépression ou une sévère perte de confiance en eux). Pour Buffy, la brutalité et la violence, mais également la jouissance contradictoire, la font se sentir vivante. Quand elle va mieux et qu’elle se ressaisit dans « 6×15 La roue tourne », elle devient moins sado et moins maso, même si elle a toujours cette tendance à la dominance de par son rôle. 

Est-ce qu’aller autant dans la déviance ne salit pas notre héroïne en fin de compte ? Pas forcément ! Au lieu de glorifier nos héros comme n’importe quelle autre série de l’époque le ferait, on nous dévoile leurs faiblesses, ce qui rend plus réaliste et plus palpable la situation qu’elle traverse en saison 6, qu’on apprécie ou pas. La tendance au sadomasochisme ne parle pas à tout le monde parce qu’on ne s’engouffre pas tous là dedans. Mais quand on rentre dans la vingtaine, on entre dans la dureté de la vie, et on multiplie les expériences sexuelles. Avec cet aspect, la série sait nous le démontrer.

Buffy est-elle coincée sexuellement ? 

La réponse est non. Buffy n’est pas coincée mais pudique (comme son interprète Sarah Michelle Gellar d’ailleurs). Elle fait beaucoup de sous-entendu, mais elle sait très bien de quoi elle parle. Quand Willow fait un lapsus dans « 3×03 La nouvelle petite soeur » et dit à Buffy qu’elle devrait faire à Scott ce truc avec sa bouche que les hommes adorent, l’esprit mal placé de Buffy pense à une fellation avant de penser à un simple sourire. Et des lapsus comme celui-ci, il y en a beaucoup dans la série, y compris de la part de Buffy. Dans « 1×08 je ne t’oublierai jamais » de la série dérivée Angel, Buffy retrouve Angel humain le temps d’un épisode et profite de l’événement pour coucher avec lui et rattraper le temps perdu. Alors qu’elle entame avec lui ce qui devient leur deuxième rapport, elle se permet des jeux sexuels plutôt osés, et lui lèche le torse, alors que peu de femmes oserait le faire au bout de deux rapports avec leur petit-ami. D’autres scènes comme la fellation faite à Spike à l’improviste dans « 6×11 La femme invisible », où bien encore le fait qu’elle continue de se faire prendre alors qu’Alex est dans la pièce en train de parler à Spike nous présente une Buffy qui n’a pas froid aux yeux. Ces scènes tendent à démontrer que Buffy est parfaitement à l’aise avec la sexualité.

Toutefois, cette analyse est cassée par le fait que Buffy est une femme forte qui brandit un pieu, une arme phallique par excellence, que l’on pourrait bien interpréter comme une refus de la sexualité sur une double lecture. De nombreux symboles anti-phalliques sont présents dans la série qui fait beaucoup dans la misandrie en donnant aux hommes des rôles de pervers et de prédateurs qui objétisent et subordonnent les femmes. Ajoutons à cela que les premières expériences de Buffy, particulièrement frustrantes, l’ont rendu méfiante envers le sexe, ceci peut expliquer pourquoi de nombreux fans la décrivent comme coincée. 

Une autre métaphore, amusante celle-ci, réside dans la scène où Buffy fuit le monstre de l’épisode « 6×12 Fast food », dégoûtée et terrorisée, alors que celui-ci est une représentation phallique flagrante, qui crache du venin à la manière d’une éjaculation. Il faut y voir un dégoût de Buffy pour la violence du sexe, et une peur de la pénétration, alors même que la saison flirte avec le sadomasochisme de la relation Spike-Buffy !

.

.

.

la métaphore du loup-garou fait-elle la synthèse de la série en matière de sexualité ? 

Comme le dit au cours d’une interview Marti Noxon, productrice et scénariste : « Ce n’est pas un secret que les histoires de loups-garous sont une métaphore pour la sexualité. C’est la sensation d’avoir à réprimer cette sexualité et quand celle-ci explose, c’est une bête, c’est un monstre. » Dans tout le Buffyverse, on compte trois loups-garous : Oz, Veruca et Nina dans la saison 5 d’Angel. Si Buffy utilise ses monstres comme métaphore de la vie adolescente, il est évident que le loup-grou, humain qui se transforme en monstre bestial, ne peut qu’offrir une symbolique sexuelle. 

Le loup-garou dans Buffy contre les vampires servira à plusieurs interprétations, selon ses apparitions. Dans « 2×15 Pleine lune », la transformation en loup-garou est la métaphore des transformations que le corps connaît à la puberté. Dans « 3×04 Les belles et les bêtes », la thématique tourne autour de la masculinité et de l’agressivité bestiale, et le loup-garou souligne les instincts sauvages proches de la nature chez l’homme. Mais c’est dans l’épisode « 4×06 Cœur de loup-garou » que la métaphore est la plus profonde et la plus attachée aux problèmes épineux de la sexualité. l’épisode utilise avec une grande intelligence la lycanthropie pour illustrer les proportions monstrueuses que peuvent prendre les pulsions de la psyché humaine, lorsqu’elles sont réprimées. Si le loup-garou ne couvre pas tous les sujets liés au sexe, il permet d’en aborder bon nombre avec subtilité.

Comme pour tous nos dossiers « Thèses & Analyses », votre avis sur le sujet nous intéresse et compte pour nous, si vous avez des objections, des commentaires à faire, ou même des éléments à ajouter à ce dossiers, nous sommes ouverts au dialogue. N’hésiter pas à nous contacter pour donner vos arguments.