Buffy a 20 ans | L’interview de Joss Whedon qui parle de la TV d’aujourd’hui, pour « The Hollywood Reporter »

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Père fondateur de Buffy contre les vampires et de tous ses personnages, Joss Whedon a réunit des millions de télespectateurs devant leur petit écran chaque semaine et dans pleins de pays, entre 1997 et 2003. Le succès de ses travaux récents, mais aussi et surtout le succès de sa série phare, Buffy, l’ont rendu populaire et respecté.

A l’occasion du 20ème anniversaire de Buffy, The Hollywood Reporter l’a interviewé pour savoir ce qu’il pensait de son influence sur la TV moderne, sur la fatigue des reboots et sur les thèmes abordés depuis 20 ans. Une interview croustillante que Buffy Angel Show a traduite en français ci-dessous.

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Au premier abord, Buffy a été l’idée d’un showrunner qui a gagné en notoriété publique. Vous sentiez-vous comme le porte-parole de la série, comme le sont la plupart des créateurs des séries actuelles ?

Je ne sais pas si j’étais le porte-parole, mais j’en étais pas loin. La communauté Internet s’est formé autour de la série d’une manière inédite jusqu’alors. Nous avons eu un échange avec nos fans au cours de la deuxième saison. J’avais prévu de travailler dans l’ombre et de raconter mes histoires tranquillement, pensant que ce serait très bien ainsi. Soudain, je pouvais parler aux fans directement et aller aux Comic-Con, et les gens savaient à quoi je ressemblais. Je suis devenu une rockstar miniature et je ne m’y attendais pas. Je n’étais pas préparé à cela, et le pouvoir m’a absolument corrompu, mais c’était très naturel. Chaque écrivain pense qu’ils devraient être la personne que tout le monde veut rencontrer. Il ne s’agissait pourtant pas de parler de moi lors des rencontres avec les fans, mais le sujet revenait naturellement et toujours sur moi.

A l’époque, est-ce que vous et vos scénaristes réagissiez face aux retours de vos spectateurs ?

Un peu. Nous étions assez clairs sur le fait qu’ils allaient obtenir toutes sortes de réponses, mais vous ne pouvez pas dire par quoi les gens seront passionnés et ce qu’ils feront des réponses apportées. C’est peu de choses, comme entendre parler de Buffy et Faith ayant un sous-entendu lesbien, puis se mettre en colère (ndlr : du fait de ne pas accepter ce sous-entendu). En principe, chaque fois que deux femmes parlaient, tout le monde écrivaient à propos de sous-entendus lesbiens. Je me disais « Ça suffit ! Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ?! ». Puis quelqu’un a traité sur le sous-entendu lesbien. Je l’ai lu et je me suis dit « Ah ouais ! Mais vous aviez tout à fait raison !! ». Nous n’avions aucune idée de ce que nous avions sous les yeux. Nous ne nous sommes pas penché dessus autrement que pour écrire une ligne ou deux là-dessus, mais cela nous a ouvert les yeux sur la manière dont les histoires fonctionnaient. C’est alors que j’ai inventé la phrase « Faites-en ce que vous en voulez ». J’ai compris que tout le monde allait insérer son histoire personnelle dans ce que nous leur montrions. Ça s’est avéré. C’est comme ça que nous avons envisagé la suite. 

Buffy était particulièrement féministe pour l’époque. Pensez-vous que les histoires dirigées par des femmes sont aussi importantes à la télévision maintenant qu’elles devraient l’être ?

Les histoires dirigées par des femmes font partie de la télévision de la même manière qu’elle font partie des films sur grand écran. Même avant qu’elle devienne connue, une grande actrice de cinéma pouvait faire un carton à la télévision et obtenir beaucoup – surtout après un certain âge. Mais avoir une femme à la tête d’une série d’action a surpris certaines personnes. Cela a certainement changé. Ce que les femmes sont capables de réaliser comme rôles devant une caméra a beaucoup évolué. Il y a plus d’options, plus d’histoires racontées, plus de vérité. Derrière la caméra ? Ça ne va pas aussi bien. Salaire égal ? Avec Buffy, je voulais évidemment faire une série féministe, mais je n’étais pas vraiment intéressé pour parler de politique. Je voulais produire quelque chose que je sentais bien, que j’avais besoin de voir. Je sentais que ce type d’héroïne n’était jamais représentée à l’écran. Je voulais voir une femme prenant les choses en main, et des hommes qui étaient à l’aise avec ce principe. C’est mon truc. C’est ma lubie. Et en même temps, je faisais une série d’horreur.

Est-ce qu’il était difficile de concilier vos idées, vos thèmes, avec les attentes des fans ?

Si vous commencez à mesurer l’effet que vous avez sur une communauté de fans, vous arrêtez d’écrire dans une certaine mesure. Vous commencez à écrire des discours – et je ne veux pas seulement dire que les personnages ont des discours. Parce que j’en écris beaucoup. Mais au final vous commencez à écrire de la propagande et de la polémique au lieu de la fiction.

La poussée de la parité homme-femme et la représentation des minorités est devenue une part importante du divertissement d’aujourd’hui. Quel a été selon vous l’impact de vos travaux sur la poussée des femmes et des personnes de couleur ?

Je ne savais vraiment pas comment ces choses affectaient les gens, ni comment la représentation sociale manquait à l’écran. Je pensais : « Nous faisons du bon boulot, les gens l’apprécient, alors nous allons continuer d’écrire ces histoires et nous intéresser à l’expérience humaine, mais nous n’allons pas trop penser à l’aspect moral. » Je n’ai pas spécialement voulu recruter de femmes directrices. Je n’ai pas cherché non plus à recruter des gens de couleur. Je n’y ai pas spécialement pensé par le passé. Je ne faisais pas nécessairement partie de la solution. En fait, j’ai beaucoup appris de Marti Noxon. Elle s’occupait toujours de toux ceux qui venaient à elle et s’assurait qu’ils allaient de l’avant. Elle avait une réelle compréhension de l’inégalité et du manque de représentation sociale que je n’ai pas. Elle est très communautaire et pas aussi égoïste que moi. J’espère avoir traité les gens avec respect, mais j’ai définitivement manqué certaines occasions. Bien sûr maintenant, je fais plus attention à cela. 

Etant donné l’abondance de la télévision maintenant, il semble y avoir comparativement moins de série TV sur les lycéens que dans les années 90. Pensez-vous que ce public devrait être mieux desservit ?

Je pense que ce que nous avions fait était quelque chose que les gens ne faisaient pas, et que j’avais voulu depuis des années, c’était de prendre au sérieux les adolescents. J’avais lancé un soap pour adolescents initialement basé sur « Pump Up the Volume », mais je me sentais très fortement comme la personne qui ne se prend pas autant au sérieux que les adolescents. Pourquoi ne faisaient-ils pas le genre de séries dramatiques, le genre qui semble ridicule, mais avec les ados où chaque chose est ressentie de façon exacerbée ? Pour traiter les émotions, il y avait « Beverly Hills », la version débile sur ce thème, et « Angela 15 ans » la version extraordinairement réaliste de tout cela : les deux sont sorties. J’ai pensé « OK ça existe. » Je voulais faire référence à ces deux séries TV lors de la création de Buffy. Après Buffy, j’ai pensé que les gens étaient très ouverts à cette idée. Il y avait ce marché où ce public d’adolescents voulaient être les héros, et n’étaient-ils pas ceux qui allaient acheter ? Pendant un temps, les productions l’ont vraiment compris et fait d’une bonne manière. Puis c’est devenu l’air des Soprano et de Sex & the City. Les adultes devaient prendre la relève.

Est-ce que Buffy serait aussi facile à vendre aujourd’hui ?

La combinaison de drames et de genres, vous devez travailler dur pour que cela fonctionne. J’avais l’habitude de dire que Buffy aurait été populaire même si ça avait été mauvais, puis quelques séries sont venues pour prouver cette hypothèse, mais si je ne vais pas les nommer. Ce qui nous a plus frappé, c’est l’importance qu’à pris la série, bien plus que sa qualité, ce qui est une position enviable. 

 

Le public actuel semble se sentir en droit d’obtenir des reboots ou des réunions pour tout ce qu’ils veulent. Pourquoi selon vous ?

Je pense que c’est parce que beaucoup de gens le font, et il y en a beaucoup qui ne se creusent pas la cervelle. Je suis sûr qu’ils vont rebooter très prochainement « According to Jim ». Il y a une telle proportion de nostalgie et on croit cela tellement sécuritaire qu’on a envie de continuer de tirer les bénéfices d’une oeuvre encore et encore. Et cela vient d’un homme qui a fait un film ou un comics de chaque série qu’il a fait [Rires]. Nous devons créer de nouvelles choses pour les gens, afin d’empêcher les reboots. Mais ensuite qu’est-ce qui se passera ? La fin soudaine de « Angela 15 ans » n’est que légèrement moins douloureuse que la fin soudaine de « Firefly » pour moi. Je comprend ce sentiment de « Nous aimons ça et nous pouvons l’avoir ». J’avais lancé l’idée d’un financement par les fans pour « Firefly » à mon agent avant que cela soit ne devienne un concept. Je vois là-dedans comme un avertissement sur ce que l’on souhaite. Vous ramenez quelque chose, et même si c’est exactement aussi bon que ça l’était, l’expérience,elle, ne peut pas l’être. Une fois que vous avez déjà vécu le truc une première fois, l’attente sera très haute et une partie de ce qui a fait le succès ne sera plus au rendez-vous. Vous devez répondre aux attentes et l’ajuster, l’acclimater, ce qui n’est pas chose aisée. Heureusement la plupart des acteurs ont toujours l’air merveilleux, mais je ne suis pas inquiet qu’ils ne le soient plus. Je suis bien plus inquiet à propos de mes capacité à écrire de bons scénarios. Vous ne voulez pas de ce sentiment que vous auriez dû quitter avant le rappel. Je ne l’exclu pas mais je le crains. 

Votre travail a été bien plus porté sur les blockbusters dernièrement. Avoir des budgets plus importants ont-ils rendus les choses plus facile ou plus compliquées ?

Plus d’argent est plus agréable a bien des égards, mais à la fin de la journée c’est exactement le même travail. Avec « The Avengers », j’avais tout l’argent du monde mais je ne pouvais avoir mes acteurs que sur certains jours. J’ai tenté l’autofinancement de « Much Ado About Nothing », et quelqu’un est venu me dire : « Cela doit être si différent ! ». Presque… nous travaillions toujours autour du planning de chacun, et de façon créative, j’essaie juste de comprendre comment ce film a réussi à fonctionner avec tout le monde. Essayer de comprendre pourquoi le personnage de Margaret, la femme servante, est tellement intéressante que j’ai demandé à Ashley Johnson de la jouer, c’est comme essayer de comprendre pourquoi le typer avec arc et flèches va être utile dans une apocalypse. Pour moi c’est tout ou rien. C’est « Doctor Horrible » ou « The Avengers ». Je dis toujours que la pire chose pour moi était de faire les choses à la volée, avec désintéressement. Avec « Buffy » et « Angel », ils nous ont donné très peu d’argent et très peu de notes. C’était un très bon arrangement. Au moment où c’est arrivé sur « Firefly », les attentes et l’ingérence étaient si élevées que nous nous sommes écrasés et brûlés les ailes. Heureusement, les gars de Marvel se soucient vraiment de l’histoire, c’est donc un endroit plus sûr que certains, mais vous êtes toujours face à des attentes qui sont parfois grotesques. 

Depuis votre dernière série TV, le modèle tout-en-un (ndlr : mélange des genres) est devenu la norme pour beaucoup de créateurs. Est-ce attrayant pour vous ?

Je ne voudrais pas le faire. Je voudrais que les gens revienne chaque semaine et qu’ils aient l’expérience de regarder quelque chose à ce même moment. Nous avons réalisé « Doctor Horrible » en trois actes. Nous avons fait cela en partie parce que j’ai grandit en regardant des minis-séries comme « Lonesome Dove ». J’aimais les événements télévisuels, et comme il était en train d’être mis de côté, j’ai pensé « faisons-le sur Internet ».  Au cours de cette semaine là, la conversation à propos de la série à changer encore et encore. C’était excitant à regarder. De toute évidence, Netflix est en train de produire une tonne de choses extraordinaires. Et si ils venaient à moi et me disaient « Voici tout l’argent, faites ce que vous aimez ! », je répondrais « Vous pouvez le réaliser comme vous le pourriez. Au revoir. » Mais ma préférence est plus ancienne. Tout ce que nous pouvons faire, c’est rendre de quelque chose de spécifique, un épisode spécifique, et c’est utile pour le public. Et c’est utile pour les scénaristes aussi. Pour avoir travaillé six, dix treize heures, et ne pas avoir un moment pour les gens, pour respirer et emporter avec vous ce que vous avez fait, avant de finalement recevoir une critique négative, cela rend amorphe émotionnellement. Je m’inquiète de cela dans notre culture. Cela dit, si c’est ce que les gens veulent, je travaillerais toujours aussi dur, je m’adapterais. 

Pensez-vous qu’il y a trop de télé maintenant ?

Ne vous méprenez pas, je pense que c’est l’âge de diamant de la télévision. Y’en a t-il trop ? Oui. Est-ce que le plus grand reproche que j’ai à faire ? Sûrement pas. Certes, dans la plupart des conversations sur le sujet, je suis Andy Samberg dans le numéro musical d’ouverture des Emmy, mais c’est le numéro musical le plus profond que j’ai vu depuis plusieurs années. Il y a un travail extraordinaire qui est accompli. Les gens qui sont là-bas sont endiablés, et c’est très difficile de donner réel contexte physique, ce qui n’est pas le cas pour le contenu.  

A propos de quoi êtes vous curieux désormais en ce qui concerne les thèmes et les sujets que vous souhaitez explorer dans votre travail ?

Après « Ultron », j’ai fais une pause, qui en fait a été ma première en 25 ans. je me suis assis pour réfléchir à ce que je voulais vraiment écrire. Finalement je suis revenu à vouloir parler de ce que je veux toujours parler : les jeunes femmes qui ont le pouvoir et le fardeau d’avoir le pouvoir. Ce sont les deux récits qui m’ont toujours intéressé. Cet effet décroissant sur votre humanité d’avoir le pouvoir. Je me rend compte que je le fais encore, mais c’est OK tant que je le fais d’une nouvelle manière avec de nouveaux personnages, en apprenant quelque chose pendant que je le fais. C’est OK d’avoir la même matière à travailler du moment que vous n’êtes pas paresseux sur ce sujet pour l’obtenir.  

En regardant l’héritage de Buffy, est-ce la même chose que vous pensiez que ce serait quand vous faisiez la série ?

Pendant longtemps les gens disaient : « N’êtes vous pas excités qu’il y ait des séries comme « Charmed » ou « Vampire Diaries » ? ». Ce n’est pas… ce n’est pas l’héritage ! C’est génial qu’il y ait ces séries, mais ce n’est pas ce que nous espérions. Ce que nous espérions, c’était une série qui ferait que les gens se sentiraient plus forts, qui permettrait aux gens de comprendre l’idée du leadership féminin, et de l’assimiler comme une normalité. C’est quelque chose dont les gens ont parlé plus que tout au cours des dernières années. A l’époque, les séries d’action dont les leaders étaient des femmes n’étaient pas la norme.  Et avoir un genre de série qui était présenté comme un drame, ce n’était une moindre chose. Nous avons réellement entrepris de faire la première série fantastique à la TV qui aurait l’air belle et pas simplement effrayante. Je voulais que les gens prennent les adolescents au sérieux. Il y avait un certain mépris pour ce que les ados traversaient en ce temps-là. Parler à ce particulier puits de douleur était important pour moi. Et faire un show féministe aux gens qui n’avait pas cette lecture aussi. Il y a des séries qui sont venues auparavant. Je ne veux pas être une goutte d’eau qui prétend être la vague entière, mais où cette vague s’écrase, c’est notre plage. Donner du pouvoir aux femmes et aux jeunes et rendre tout le monde important. 

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