Décryptage #32 | « Les hommes-poissons » : Le dopage et les privilèges qu’on réserve aux athlètes des lycées américains

Analyse et décryptage de l’épisode :

« Les hommes-poissons »

Le Juge vs Mrspointy

A chaque numéro, nos deux analystes confrontent leur vision des épisodes et passent en revue les thèmes abordés, les métaphores et l’évolution des personnages, permettant ainsi la comparaison entre un point de vue féminin et un point de vue masculin. 

Synopsis :

Les membres de l’équipe de natation disparaissent les uns après les autres pour se transformer en étranges créatures aquatiques. Buffy décide alors de les surveiller de très près…

L’analyse de MrsPointy

          « Go Fish » se situe parmi les moins bons épisodes de la saison, comme c’est le cas de « Bad Eggs ». Sans être foncièrement mauvais, l’on passe un petit moment sympathique et amusant mais peu profond et dispensable, à la démarche uniquement divertissante. Une pause légère dans les grandes lignes de cette saison, brisant le rythme jusqu’ici installé avant le dénouement final tant attendu.

          Visiblement, les équipes sportives de Sunnydale High ont l’habitude de se prendre des raclées monumentales aux compétitions nationales, nuisant à la réputation du lycée qui se trimballe une étiquette de perdant. Pourtant, depuis quelques temps, l’équipe de natation gagne en puissance et les performances des nageurs leur permettent de se faire une place sur les marches du podium. Malheureusement pour le principal Snyder, enragé et humilié à la suite de ses innombrables défaites, il semblerait que les membres de l’équipe se fassent tour à tour dépecer par une créature non-identifiée : l’on découvre qu’ils se métamorphosent en fait en homme-poisson, laissant derrière eux leur enveloppe charnelle -donnant lieu à des scènes répugnantes et morbides-.

          La critique se porte ici sur les effets négatifs du dopage chez les sportifs. En effet, l’entraîneur de l’équipe, conscient qu’il faudrait à ses nageurs un coup de pouce pour qu’ils remportent la victoire, imprègne la vapeur du sonna de stéroïdes, avec la complicité de l’infirmière. Si dans un premier temps cela leur est physiquement bénéfique, les stéroïdes auront tôt fait de les transformer en bêtes marines affamées et visqueuses : le dopage a eu sur eux des conséquences génétiques dévastatrices et irrémédiables, loin des attentes premières aux vertus soit-disant avantageuses vantées par leur coach.

        L’on observe également qu’encore une fois, Snyder adopte un comportement corrompu du fait de son désir irrassasiable de faire prétendre son établissement au titre de champion nationale, aux dépends des qualités des autres élèves, reléguées au second plan sous prétexte qu’elles n’auront pas de conséquences directes sur l’image du lycée. Notamment Willow, sacrifiant son temps pour enseigner à la place de Jenny Calendar suite à la demande de Snyder lui-même, qui lui ordonne implicitement de revoir à la hausse les notes de Gage, élève paresseux mais membre déterminant de l’équipe de natation, qui risquerait d’y laisser sa place s’il n’obtenait pas les résultats attendus.

          Les sportifs, dans le système scolaire américain en général, semblent favorisés et privilégiés de droits refusés aux autres élèves : ces derniers se sentent de ce fait stigmatisés et discriminés injustement, quand bien mêmes ils présentent d’autres qualités. Ainsi, dans la hiérarchie scolaire, les sportifs sont éminemment mieux considérés que les autres qui, eux, s’empressent d’intégrer une équipe, envieux d’être aussi populaires et appréciés par les filles.

          Cet épisode sert aussi à mettre en avant Xander et sa relation avec Cordelia, ici valorisée : la drôle de scène où Cordy, persuadée que Xander s’est transformé, se retrouve désolée au bord de la piscine, lui déclarant sa flamme et lui avouant qu’elle serait prête à tout pour lui rendre la vie plus facile, malgré son apparence. L’on voit qu’elle lui porte une attention réelle et qu’une fois de plus, son personnage a amplement évolué et acquis en sincérité.

L’analyse du Juge

        « Les hommes-poissons », inspiré de la Créature du Lagon Noir, fait à l’évidence office de remplissage avant le grand final de la saison, et c’est pourquoi on y retrouve pas les idées et le symbolisme qui caractérisent la série. Il contient néanmoins de très bons moments, avec une Buffy qui joue les gardes du corps pour un Wenthworth Miller qui fait ici ses premiers pas à la télévision.

          Un des grands paradoxes du système éducatif américain est qu’il réserve un traitement de faveur aux athlètes, tandis que les étudiants qui excellent dans les matières académiques souffrent d’un manque de reconnaissance. Quand on sait que les années lycée sont un moment de notre existence où nous sommes particulièrement émotifs et fragiles, et qu’elles laissent souvent des traces indélébiles, on comprend l’amertume des intellos et des grosses têtes. Cet épisode parle des athlètes du lycée et des privilèges dont ils bénéficient. Snyder favorise outrageusement les sportifs du lycée en ordonnant à Willow de donner de bonnes appréciations à certains d’entre eux. Mais Willow est une forte en thèmes qui a toujours travaillé dur et ce que lui demande Snyder va à l’encontre de ses principes. Entre temps, Buffy manque de se faire violer par Cameron. Pourtant Snyder ne le sanctionne pas et reporte la faute sur Buffy, dont la tenue, dit-il, était trop provocante.

          Le mutation en créature poissonneuse après la prise de stéroïdes peut être vue comme la métaphore des effets nocifs du dopage chez les sportifs. Ce qui est extra dans cet épisode, c’est le pas de géant que franchit la relation entre Alex et Cordélia. Le discours que fait Cordélia à Alex dans cet épisode est ébouriffant, car placée devant la possibilité qu’Alex puisse se transformer en créature aquatique, Cordélia, en bonne égoïste, commence par se préoccuper d’elle et de son statut social. Toutefois, quand elle voit le monstre dans la piscine et croit qu’il s’agit d’Alex, elle le suit sur toute la longueur de la piscine en lui ouvrant son coeur. Soit elle s’est découvert une nouvelle attirance pour lui après l’avoir vu intégrer l’équipe de natation dans son nouveau maillot de bain, soit il y a plus que cela entre eux deux !

          « Les hommes-poissons » est un épisode distrayant avec un élément fantastique orignal, qui nous offre un dernier moment de légèreté avant l’époustouflant final de la saison 2.

Décryptage #31 | « La soirée de Sadie Hawkins » : Quand Buffy et Angel veulent se repentir…

Analyse et décryptage de l’épisode :

« La Soirée de Sadie Hawkins »

Le Juge vs Mrspointy

A chaque numéro, nos deux analystes confrontent leur vision des épisodes et passent en revue les thèmes abordés, les métaphores et l’évolution des personnages, permettant ainsi la comparaison entre un point de vue féminin et un point de vue masculin. 

Synopsis :

Un fantôme hante les couloirs du lycée pour reproduire inlassablement la scène d’un crime passionnel qui s’est perpétré quarante ans plus tôt. Buffy et sa bande vont d’abord tenter d’entrer en contact avec l’esprit…

L’analyse de MrsPointy

         Je trouve cet épisode tragiquement magnifique et émouvant. Pour une fois (encore à la manière de Marcie Ross), le Mal -ici un fantôme- n’est pas profondément machiavélique et ne présente pas de mauvaises intentions, il ne cherche pas à blesser qui que ce soit par pur plaisir et n’aspire pas au chaos. Son seul but et de se faire pardonner dans un acte de possession répétitif : son geste semblerait presque noble -même si maladroit- et est tout à fait humain. 

          Aux Etats-Unis, il y a dans les lycées une tradition selon laquelle, une fois par an, ce n’est non-plus le garçon qui invite la fille au bal mais le contraire -on voit ici que ce contexte servira principalement à inverser physiquement les rôles de Buffy et Angel dans leur altercation à la fin- : la Sadie Hawkins Dance. En 1955 à Sunnydale High, alors qu’avait lieu une de ces fameuses soirées, un élève, James Stanley, a tiré sur l’une de ses professeures, Grace Newmann, avec qui il entretenait une liaison à laquelle elle avait entreprit de mettre fin. Dans un acte de désespoir, celui-ci s’était par la suite donné la mort à son tour, ravagé en réalisant qu’il venait d’assassiner son amour sur un coup de folie. 

          De retour en 1998, plusieurs événements similaires se reproduisent sans que l’on puisse expliquer pourquoi. A chaque fois, un homme et une femme rejouent un schéma identique sans même s’en rendre compte, en répétant avec exactitude les mêmes paroles avant que l’un des deux ne tentent de donner la mort à l’autre. La situation est inexplicable puisque ces deux personnes ne se connaissent pas forcément et que l’instant d’après l’arme disparaît sans que l’on puisse la retrouver : James hanterait en fait les lieux de manière à revivre incessamment le moment où tout a basculé dans la perspective, peut-être, que quelque chose vienne perturber la scène et que cela ne se produise pas de la même manière. 

          La thématique de cet épisode est celle du pardon. Buffy désigne James comme un monstre dont les actes sont impardonnables : à ses yeux, aussi grand son regret et sa culpabilité soient-ils, il a ôter une vie humaine et n’y pourra jamais rien changé, il lui faut payer. Buffy n’est pas toujours prête à donner une seconde chance aux gens et leur tient sans cesse rigueur de leurs précédentes fautes. Sans s’intéresser à ce qu’ils sont devenus, c’est ce qu’ils ont pu être avant qui lui importe. Elle refuse de tirer un trait et se montre particulièrement exigeante et rancunière (étonnant, quand on sait qu’elle ne sera pas aussi bornée vis-à-vis d’Angel à qui elle n’appliquera jamais ce concept et ne tiendra quasiment pas compte de ses atrocités passées !).

          Ainsi, elle tient un discours très dur par rapport à James qu’elle condamne fermement comme un meurtrier devant assumer ses actes coûte que coûte, disant que même s’il est désormais plein de remords, il a à un moment donné était capable d’agir ainsi. Elle y associe par la même occasion ses propres écarts qui ont eus des conséquences dramatiques (avoir couché avec Angel) : l’on voit que Buffy est quelqu’un de très droit et d’honnête, consciente de ses tords, qu’elle avoue ouvertement, n’hésitant pas à se remettre en question et à se culpabiliser.

          Les questions qui nous sont ici posées sont, est-ce qu’une personne peut changer ? doit-elle souffrir à vie pour des actes passés qu’elle regrette ? peut-on et faut-on lui donner une seconde chance ? Ce James est un meurtrier, il a tué quelqu’un. Cependant, il n’est pas profondément mauvais. Chacun de nous aurait pu être à sa place -peut-être ce qu’a voulu symboliser le fait que d’autres gens se retrouvent dans la même situation que lui, pour voir quel effet cela fait-il ?-, l’erreur est humaine et chaque humain mérite qu’on lui accorde le bénéfice du doute, le droit à la rédemption et au pardon (ce qui est loin d’être le cas aux Etats-Unis où la peine de mort est toujours employée).

Il faut savoir les écouter. Dans ce cas-là, James ne voulait pas la tuer, c’était un accident. Voir qu’elle s’apprêtait à le quitter l’a détruit et rendu fou, son geste était irraisonné et uniquement motivé par l’amour passionnel qu’il lui portait -l’amour fait perdre le contrôle de ses actes-. C’est certes un acte impardonnable et définitif, mais il faut prendre en compte, peut-être, le fait qu’il s’en veuille horriblement et que son fantôme soit tourmenté à l’idée qu’il l’ait tué. Comme l’explique Giles, même s’il sait ne pas mériter le pardon, il en a besoin pour faire taire ses démons.

          Le passage où Buffy et Angel se retrouvent à leur tour possédés leur permet d’inconsciemment revenir sur leur histoire personnelle, qui s’accorde à celle de James Stanley et Grace Newman. C’est la plus belle scène de l’épisode car tout ce qu’ils disent contre leur gré alors prend sens par rapport ce qu’eux-mêmes ont vécu et vivront par la suite : Angel dit à Buffy qu’il lui faut partir puisqu’il est une entrave à son épanouissement, c’est ce qui arrivera dans le final de la saison 3. On note d’autres références (intentionnelles ou non ?) aux futurs événements, comme l’hypothèse d’une destruction du lycée (ce qui arrivera en même temps que le départ d’Angel).

          Dans un même temps, Willow démontre un intérêt soudain pour le paganisme et le surnaturel dont elle a découvert des dossiers dans les affaires de Jenny. C’est ainsi qu’elle va commencer à s’intéresser sérieusement à la magie et à l’ésotérisme. Ici, elle va concrètement s’exercer en guidant Xander, Buffy et Cordelia sur la bonne voie -Giles étant persuadé que c’est Jenny qui tente de le contacter- et en prenant la tête des opérations lorsqu’elle jettera un sort mystique pour tenter d’exorciser le fantôme de James : le premier véritable dans son parcours, le début d’une grande histoire.

L’analyse du Juge

          On avait pas encore eu affaire à un fantôme, et bien voilà qui est fait ! Avec « La soirée de Sadie Hawkins », la scénariste Marti Noxon a permis une entrée triomphale, et ce après quatre semaines sans diffusion. C’est l’un des plus réussis de la saison, son scénario est excellent, sa photographie éblouissante et ses effets spéciaux mémorables. Nous comprenons que Buffy se reproche, non pas d’avoir été incapable de tuer Angel, mais d’avoir contribué involontairement à lui enlever son âme. Quand la bande découvre que l’esprit frappeur qui hante le lycée a tué son professeur par amour en 1955, Buffy pique une colère et décide sans plus attendre de s’attaquer à lui. Il se servira finalement d’elle pour sortir du purgatoire. Cette simple histoire de fantômes prend alors des airs de conte moral, comprenant de fascinants parallèles avec la relation actuelle entre Buffy et Angel.

          La scène du meurtre qui se répète n ‘est jamais lassante, car nous voyons quatre couples l’interpréter (y compris le premier dans un flashback), et il est intéressant de voir comment chacun s’adapte au scénario. Seuls Angel et Buffy intervertissent les genres. Autre bonne surprise de cet épisode, es gustes stars sont des visages connus, comme dans les épisodes suivants. De toute évidence, la série devenait si populaire que les acteurs se bousculaient pour y apparaître.

          La réaction de Giles face au fantôme est émouvante. Il désir si fort le retour de Jenny qu’il souhaite se convaincre que c’est elle qui tente d’établir un contact avec lui. Comme il ne veut accepter aucune autre explication, Buffy et ses potes doivent se débrouiller seuls pour élucider le mystère. C’est seulement quand le fantôme se met en colère et met leurs vies en dangers que Giles admet enfin son erreur. « La soirée de Sadie Hawkins » contient quelques développements essentiels. D’abord il est clair que Spike préférait Angel avec son âme, puisque ce dernier prend autant de plaisir à le torturer lui qu’a torturer Buffy. De plus, on voit Angel flirter avec Drusilla devant Spike et cette dernière n’a pas l’air de se soucier de ce qu’il peut ressentir. N’ayant pas d’âme, elle ne peut sans doute éprouver aucune compassion. La jalousie et la rage de Spike nous incitent à penser une fois de plus qu’il est différent des autres vampires, lesquels n’ont aucunes émotions. Par ailleurs, nous apprenons que Snyder connaît l’existence de la Bouche de l’Enfer, bien qu’il semble ignorer que Buffy soit la Tueuse. Nous apprenons qu’il a été nommé à son poste par le Conseil municipal, ce qui peut expliquer sa haine viscérale des élèves. cet homme n’est pas un proviseur. En outre, il est difficile de croire que les étudiants soient aveugles au point d’avaler l’explication de Snyder quant à l’apparition soudaine des serpents dans les plateaux repas de la cafète à cause des égouts bouchés.

          La scène d’amour entre Buffy et Angel est admirablement interprétée, en particulier par David Boreanaz qui joue le rôle de Grace, adoptant des attitudes féminines sans rentrer dans les clichés. En jouant cette scène, Buffy arrive à faire la paix avec sa conscience. Comme Grace arrive à pardonner à James, Angel dit à Buffy : « Tu croyais que je ne t’aimais plus, mais c’était faux, je t’aimais passionnément ! ». Nous savons qu’il est sincère. Avec son message percutant sur le pardon, le fantôme de cet épisode est ici l’expression du besoin de repentir et de seconde chance.